La trilogie d'Agota Kristof : écrire la division

La guerre, le totalitarisme et toutes les formes d'exil qu'ils ont
provoquées sont à l'origine d'une fracture profonde. La trilogie
d'Agota Kristof, dans une langue minimaliste mais une structure
narrative très complexe, met en scène la division mentale qui
résulte de cette fracture. Les conséquences en sont multiples et atteignent
profondément l'identité du narrateur ainsi que son rapport
au monde et au langage, prisonnier du paradoxe que forge l'idéologie
totalitaire en niant l'individu et sa parole. L'écriture fictionnelle
permet de réunir et de structurer, dans toutes leurs
dimensions, les éléments d'un univers très noir et éclaté : l'emboîtement
d'une fiction dans une autre, et encore dans une troisième,
crée une géologie dont chaque strate donne forme à l'un des
aspects de la division. Par l'organisation narrative mise en oeuvre,
le lecteur éprouve la complexité de cet univers et il est amené à
se construire activement une place.