La Bohémienne endormie : une lecture de Henri Rousseau, La Bohémienne endormie, 1897, New York, Museum of Modern Art

«Nous sommes les deux plus grands
peintres de notre temps, toi dans le genre égyptien et moi
dans le genre moderne». Ainsi s'adressait à Picasso celui
que l'on qualifia de «primitif moderne». De La Bohémienne
endormie , chef-d'oeuvre fascinant du «Douanier»
Rousseau (1897, New York, MoMA), Hubert Haddad
tire une nouvelle envoûtante, récit à multiples tiroirs qui
emmène le lecteur dans le Paris d'Atget, celui d'une fin
de siècle. L'histoire s'enroule autour de Làvica, sauvage
et libre, «née d'un rêve», qui ne dort dans les hauteurs
des arbres de la ville que pour mieux le prolonger. De son
présage fatal annoncé à une «main baguée» des beaux
quartiers, s'ensuit un dénouement flamboyant qui
contraste avec l'apparente placidité de la scène crépusculaire
du tableau. La belle Tigréenne, sous une lune de
cristal, semble rêver de la violence d'aimer...