Critique, n° 809. Alphabets du moi

Son extinction paraissait programmée : pouvait-elle survivre à la
«mort du sujet», à «la mort de l'auteur» ? Or l'écriture du Moi
est aujourd'hui florissante et elle doit largement son regain à ceux-là
mêmes qu'on accusait naguère de vouloir l'enterrer. À commencer
par Barthes, qui en formule, dans Roland Barthes par Roland Barthes
(1975) puis dans Fragments d'un discours amoureux (1977), le
nouveau mode d'emploi : éparpillement fragmentaire et arbitraire
alphabétique. Le sujet contemporain se livrera touche par touche
- celles du clavier.
B comme Bollack, C comme Chevillard, G comme Genette : trois
entreprises récentes et dissemblables ont en commun de mettre la
vie en alphabet. Au jour le jour , qui combine journal et abécédaire
en un autoportrait posthume du grand philologue, est ici analysé par
Marc Lebiez. Blanche Cerquiglini rend compte du Désordre azerty d'Éric
Chevillard, autoritratto morcelé. Marc Cerisuelo glose Épilogue , le
panneau que Gérard Genette vient d'ajouter au polyptyque commencé
avec Bardadrac. Bernard Sève, enfin, dans un entretien recueilli
par Jean-Louis Jeannelle et Marielle Macé, nous aide à comprendre
comment le moule taxinomique - qu'il a décrit dans De haut en bas.
Philosophie des listes - peut être le garant imprévu d'une «libération
émotionnelle».