Bonsoir, la rose

Il faut d'abord imaginer ce Grand Nord de la Chine
aux si longs hivers, les fleurs de givre sur les vitres
et l'explosion vitale des étés trop brefs.
Puis Xiao'e, une jeune fille modeste, pas spécialement
belle, dit-elle, pour qui la vie n'a jamais été tendre :
«j'appartenais à une catégorie insidieusement
repoussée et anéantie par d'invisibles forces
mauvaises».
Et puis Léna aux yeux gris-bleu et au mode de vie
raffiné, qui joue du piano et prie en hébreu, dont le
visage exprime une solitude infinie. Elle qui avait une
vie intérieure si riche, comment pouvait-elle ne pas
avoir connu l'amour ?
Xiao'e rencontre donc Léna, une vieille dame juive dont
la famille s'est réfugiée à Harbin après la révolution
d'Octobre. Tout semble les opposer, pourtant on
découvrira qu'un terrible secret les lie.
C'est un monde où les fantômes côtoient les
supermarchés, où les blessures de l'enfance restent
vivaces. A la fois désabusé et espiègle, tragique et gai.
L'écriture de Chi Zijian est, elle, à la fois étincelante
et d'une infinie délicatesse. Un auteur qui n'a pas fini
de nous enchanter.