Histoire du droit des gens : du jus gentium impérial au jus publicum europaeum

Une histoire du droit des gens ? Pourquoi faire ? Ne vaut-il pas mieux
s'occuper du présent ? Paradoxalement, c'est peut-être ce qui se passe
sous nos yeux qui nécessite le recul historique. Et ce qui se passe sous
nos yeux c'est un formidable bouleversement de la société et du droit
internationaux. Les concepts mêmes d'internationalité et de droit international
semblent déjà un peu désuets. C'est de mondialisation qu'il
s'agit aujourd'hui, c'est de mondialisation que l'on parle.
De quoi alors sommes-nous témoins ? Sommes-nous revenus au temps
des Empires ? C'est en ce lieu très précis que le recul historique est
utile. Il ne s'agit évidemment pas de tenter de retrouver dans l'histoire
du droit des gens ce qui a lieu aujourd'hui : l'histoire ne se répète
pas, mais, d'une part, de faire des rapprochements qui permettent de
comprendre ce qui se passe aujourd'hui et, d'autre part, et surtout, de
prendre conscience du fait que les normes juridiques ne sont pas désincarnées
; elles dépendent d'une infrastructure qui les détermine. Les
grandes mutations du droit des gens ont été déterminées par la mutation
des rapports réels entre les acteurs de l'histoire mondiale et la mutation
de ces rapports est, à son tour, déterminée par la nature des acteurs en
présence.