Disparition et témoignage : réinventer la résistance dans l'Argentine des Mères de la place de Mai

À crime imprescriptible, douleur inextinguible.
La terreur engendrée par la «disparition forcée» broie les intimités
et défait les liens sociaux. Le pouvoir tente d'empêcher la résistance,
mais c'est sous-estimer la mémoire des sens. Se taire est
intenable. Et si témoigner totalement semble impossible, les
victimes, peu à peu, se transforment en résistantes par leur volonté
de dire et de montrer malgré tout.
Les «Mères de la place de Mai» - suivies par les frères et soeurs,
les enfants de disparus et les survivants des camps - nomment
l'innommable à travers une parole exploratoire, compensent
l'invisible et l'irreprésentable à travers une esthétique reconstruite,
recréent du lien social à travers les petits liens de sens et les
émotions des récits partagés. Elles renversent point par point les
intentions de déshumanisation.
Mêlant expériences de terrain et témoignages directs de victimes
résistantes, cette réflexion transdisciplinaire propose un filet de
sens pour appréhender l'horreur.