L'Almanach démocratique des Pyrénées (1850) : Alexis Peyret, Julien Lamaignère : 1848 dans les Basses-Pyrénées, la révolution trahie

Le 29 avril 1850, la cour d'assises de Pau acquittait
Jules Lamaignère, avocat réputé et respecté, et Alexis
Peyret, «homme de lettres» ; les jurés n'avaient retenu
aucune des très, trop nombreuses charges, contre les
auteurs de L'Almanach des Pyrénées , seulement
coupables d'un délit d'opinion. Après quelques mois
de liberté en 1848, la presse avait été muselée et la
répression brutale de l'insurrection de juin provoquait
une rupture entre la République et le mouvement
ouvrier. Les républicains les plus lucides cherchèrent à
prévenir le désastre : il fallait préparer les élections de
1852 et gagner la confiance des ruraux, qui formaient
la grande majorité du corps électoral.
Peyret, qui avait participé à la révolution parisienne,
élève de Quinet et de Michelet, collaborateur de
L'Atelier et de L'OEuvre , où il s'était lié avec Lamennais,
suivit le conseil de George Sand : les républicains
ne devaient pas envoyer en province des «braillards»,
mais des «instituteurs du peuple». Certains de ne pas
obtenir l'autorisation préalable, Peyret, Lamaignère et
leurs collaborateurs choisirent la clandestinité et un
mode littéraire «populaire» : l'almanach. Si elle
s'adressait, en priorité à des lecteurs béarnais, basques,
landais et bigourdans, leur brochure exposait en
réalité tous les grands débats de l'heure : la Révolution
et la démocratie en Europe, l'instruction publique et la
laïcité, la justice sociale, la relation Paris-province...
L'acte d'accusation avait dénoncé des «doctrines
socialistes» et la violence anticléricale de L'Almanach :
«Les prêtres ont depuis longtemps oublié qu'ils ont
fait voeu de pauvreté... Si Jésus-Christ revenait sur
terre et qu'il lui arriva de chasser les vendeurs du
temple, ils seraient capables de le faire fusiller...» ! En
réalité, L'Almanach est un témoignage exceptionnel sur
un courant minoritaire parmi les quarante-huitards :
celui du christianisme social ; est-ce un hasard s'il vit
le jour dans un futur bastion de la démocratie chrétienne
? On retiendra enfin que ses auteurs n'étaient
pas des utopistes : l'oeuvre durable, économique,
sociale et culturelle, qu'Alexis Peyret a réalisé en
Argentine en donna la démonstration.