Les chantiers du fer. Vol. 1. La conquête du fond

Ce livre multiple s'écarte résolument des sentiers battus de la littérature minière. La vision qu'il donne de la Lorraine du fer ne participe d'aucun genre en particulier mais de plusieurs à la fois. Sans être un livre d'historien, il décrit une évolution et s'appuie sur un abondant matériau d'archives. Sans être un document sur les mineurs de fer, au sens ethnographique, il ne laisse pas de témoigner de l'expérience forte et féconde vécue parmi eux. Sans se vouloir traité technique, il s'attache à décrire les fonctionnements de l'exploitation minière, nous éclaire sur le savoir-faire de l'ouvrier et les connaissances de l'ingénieur.
Son auteur, gérard dalstein, a le goût des rencontres ; sa simplicité chaleureuse, son attention à l'autre l'y prédisposent. Son ouvrage garde la trace des voix multiples qu'il a entendues, des expériences diverses qu'il a vécues sur le terrain et dont il n'existe aucun équivalent dans les livres et les archives. Avoir côtoyé la réalité dans tous ses aspects lui permet d'ancrer son travail dans le concret et de donner la vision d'ensemble à travers la dimension humaine, essentielle. Ce qui le retient, c'est l'aventure collective qui a uni les hommes par-delà les époques, les situations sociales, les origines géographiques. Ce qu'il cherche à comprendre, c'est comment ils ont relevé le défi permanent que fut l'exploitation de la minette lorraine.
Pour faire partager sa passion, l'auteur joue de toute sa palette qui est riche et large. Il fallait en effet un don particulier pour mettre à la portée de tous la compréhension des principes et des travaux qui concourent à la vie d'une mine de fer et surtout pour les faire saisir dans leur complémentarité organique. Dessinateur de talent, il accorde une place centrale à la pédagogie de l'image. Loin de n'avoir qu'une fonction illustrative, ses planches, conçues et dessinées avec un ert précis qui rappelle la grande tradition encyclopédique, donnent à voir l'objet mécanique et à comprendre ses principes avec un sens étonnant de l'art des mines, à la fois raisonné et intuitif, et une profonde compréhension du geste, du but recherché, il réussit à rendre l'explication vivante et limpide.
Quelques-uns de ces "croquis" resteront gravés une fois le livre refermé : l'haleine brumeuse d'une entrée de galerie à la tombée du soir, le silence hivernal d'un carreau de mine engourdi de givre, les lueurs fantasmagoriques du crépuscule sur une vallée sidérurgique, l'heure du petit déjeuner dans une maison ouvrière des années 60... Par la magie d'un style qui allie précision et évocation et ne répugne pas à la poésie, l'écrivain redonne vie aux choses du passé, réussit à transporter son lecteur dans la réalité décrite.
Pour avoir si longtemps survécu, le pays du fer en était venu à imposer l'image pénible de la mort lente. Sa fin clinique, par la fermeture de sa dernière mine en juillet 93, n'a pas beaucoup ému l'opinion, en dépit des énergiques barouds d'honneur d'une espèce confrontée au scandale de sa propre disparition. Le livre de Gérard Dalstein vient à point nommé pour rendre justice à ce qu'il a été et hommage à tous ceux qui l'ont fait.
Jean-Marc Thorr
Chargé de mission à l'A.M.O.M.RER.LOR. Musée des mines de fer
Claude Lucas
Vica-président de l'A.M.O.M.FER.LOR. Chef d'exploitation