La quête des origines : être et ne pas être

Comment naît et se développe le psychisme humain, cet improbable système fonctionnel
d'une infinie délicatesse et d'une extraordinaire complexité ?
On peut tenter de répondre dans l'ordre de l'ontogenèse, c'est-à-dire en considérant
les processus de développement en jeu chez le bébé et le très jeune enfant. Mais la
même question peut être posée dans l'ordre de la phylogenèse en ce qui concerne
l'avènement de l'Homme, c'est-à-dire l'émergence, il y a quelques dizaines de milliers
d'années, de cette vie psychique qui semble bien distinguer homo sapiens de toute
autre espèce vivante.
Dans les deux cas, il s'agit de ce qu'on peut désigner comme les processus de l'hominisation,
c'est-à-dire de l'accès aux modes de pensée, d'action, de relations interpersonnelles
propres à l'Homme. Y a-t-il homologie entre ces deux types d'hominisation ?
Dans les deux cas, cette quête des origines invite à remonter le cours de l'histoire,
celle de l'individu, celle de l'espèce. Elle suscite les passions. Les groupes comme les
individus ont un besoin vital de se donner une histoire, et d'asseoir cette histoire sur
une préhistoire, en dernière instance mythique.
Mais cela débouche sur une aporie : à expliquer l'état présent des choses par leur
état précédent, on en arrive nécessairement à postuler un donné premier atemporel.
La remontée dans le temps supprime le temps. N'aurions-nous pas construit, en ce
qui concerne la psychogenèse, un mythe concernant, ainsi que l'avait très bien dit
Jean Jacques Rousseau, un état des choses «qui peut-être n'a jamais existé», mais
«dont il est pourtant nécessaire d'avoir des notions justes pour bien juger de notre
état présent...» ?