Le Pen sous presse : la réception paradoxale d'un discours dénonciateur

Le rôle joué par les médias de masse dans un certain nombre
de phénomènes politiques et sociaux contemporains est régulièrement
dénoncé et critiqué, la plupart du temps sans être appréhendé de
manière précise mais en se fondant sur leurs effets supposés. Par une
analyse des discours de presse qui ont entouré le «Dimanche noir»
du 21 avril 2002, cet ouvrage propose de revenir sur le paradoxe
apparent qui vit, lors de cette campagne présidentielle, un candidat
déclaré illégitime par la presse remporter un succès électoral
inattendu. L'analyse montre comment des discours massivement
dénonciateurs ont eu des effets de légitimation contraires aux
intentions des auteurs et au contenu même de leurs propos. Son
originalité est de s'intéresser, au-delà de la machine médiatique
et des composantes langagières des discours, à la relation que les
journalistes proposent à leurs lecteurs. Elle se réfère également à
un certain nombre de mythes qui orientent l'écriture journalistique
pour mettre en lumière la contradiction entre l'engagement des
journalistes dans des valeurs de «défense de la démocratie» et la
caution qu'ils se donnent d'un discours objectif. Elle démonte ainsi
l'ensemble d'un dispositif d'écriture contre-productif qui, s'il n'est
pas seul en cause, éclaire néanmoins d'un jour nouveau le rôle des
médias dans le succès électoral de Jean-Marie Le Pen, et en appelle
à la responsabilité de la presse.
Christine Servais