De la Drôme aux camps de la mort : les déportés politiques, résistants, otages, juifs, nés, résidant ou arrêtés dans la Drôme : 1940-1945

Cet ouvrage présente d'abord un recensement de 869 déportés - hommes, femmes,
enfants, vieillards - Drômois ou arrêtés dans la Drôme , une base documentaire
qui ne demande qu'à se compléter, s'enrichir, se corriger. Ces déportés sont
des Juifs qui mourront presque tous atrocement - en application de la doctrine
et des dispositions racistes des nazis et des gouvernants de l'État français -, des
«politiques», opposants au nazisme et au régime de Vichy, Résistants par les
armes, par la parole, l'écrit, l'aide au maquis, et des otages capturés sans ménagement
par représailles...
Se fondant sur d'abondants témoignages oraux et écrits de déportés, de leur
famille et d'observateurs, l'auteur suit pas à pas le parcours de la déportation.
La rafle rapide et brutale ou l'arrestation, l'enfermement dans les prisons et
camps français, le transport dans les wagons à bestiaux, l'arrivée sous les coups
de schlague et les morsures des chiens. L'objectif hitlérien est de transformer
tout être humain des «races inférieures» en stuck (pièce d'une machine) qu'on
ne connaît plus que sous le numéro matricule cousu sur sa tenue de bagnard.
S'il n'a pas été sélectionné pour l'extermination immédiate, il sera exploité
jusqu'à épuisement, et on récupèrera même ses dents en or, ses cheveux, sa
graisse et ses cendres ...
La survie dans les camps est marquée par l'entassement, la promiscuité, la faim,
le froid, la saleté, les poux, les maladies insoignables, les appels interminables,
les bastonnades meurtrières et les pendaisons présentées en spectacles dissuasifs,
la brutalité sadique des SS et des kapos choisis parmi les bandits et les
tueurs déportés.
Mais c'est aussi la difficile lutte pour conserver sa dignité, établir et entretenir
la solidarité, garder des survivants. Résister, c'est se laver, rester homme, c'est
s'appuyer sur une conviction religieuse ou politique pour se donner une
furieuse envie de survivre, c'est partager en sacrifiant un bout de sa maigre
pitance pour sauver un camarade, c'est refuser ou saboter habilement, mais non
sans risque, la fabrication de bombes et de fusées qui tomberont sur les amis...
En 1945, quand les Alliés progressent à l'est comme à l'ouest, les déportés sont
évacués vers le coeur de l'Allemagne, dans d'atroces conditions. Les nazis, plus
nerveux, éliminent tout traînard encombrant, tout détenu inutilisable. Dans ces
terribles hécatombes, ne survivront que les plus chanceux.
La libération met néanmoins des milliers d'êtres n'ayant plus qu'un souffle de
vie à la charge des armées de libération. Le trop lent retour aboutit enfin à l'arrivée
au «pays» rêvée depuis si longtemps, mais qui nécessitera encore des
soins au corps et à l'âme avant de parvenir à une réintégration laborieuse, dans
un monde qui a aussi souffert et qui admet difficilement les atroces récits des
déportés. Il faudra pourtant faire savoir...