Rue Saint-Jacques

Qui ne connaît la plus droite, la plus antique, la plus historique
des rues de notre capitale ? Certains la disent tracée par les
mammouths il y a dix mille ans quand Paris n'était encore qu'un
fragment de la Sibérie... D'autres n'y voient que l'axe nord-sud
de Lutèce, le cardo établi par Rome à l'heure de la conquête,
d'autres encore le chemin vers Saint-Jacques de Compostelle.
Pourtant, l'histoire de la rue Saint-Jacques où reposent la
patronne de Paris, sainte Geneviève, et Clovis, le premier roi
des Francs, est le reflet étonnant de celle de notre pays, de sa
capitale.
C'est avec passion que Philippe Alméras ressuscite ici le
décor, les événements, les figures hors du commun de cette voie
millénaire. Remontant de la Seine, il y a d'abord l'université, la
Sorbonne, forgeant le «pays latin», les humanités chrétiennes
ensuite, avec les dominicains qui prennent le nom de Jacobins
et dont saint Thomas d'Aquin sera le phare. Il y a encore la
poésie, avec Villon, l'imprimerie, venue d'Allemagne, Rabelais
le Renaissant et les collèges, parmi lesquels Louis-le-Grand
qui forme encore l'élite de notre jeunesse. Calvin y échappe à
l'émeute durant la Réforme, et la Contre-Réforme s'y installe
en sa partie "campagnarde" où sont les couvents, tel le
Val-de-Grâce, ultime fondation royale.
La grande flambée de Mai 68 est un bouquet final de cette
histoire captivante... à lire comme un roman national.