Poèmes

Voici les champs, le roc, la mer. Voici l'alouette et sa «tire-lire».
Voici la mouette et le martin-pêcheur, le goéland, la crécerelle. Voici
le bois et sa fontaine. Voici le jeune frère, voici l'ami souffrant, l'ami
mourant. Voici la sainte au bord de l'eau, et le martyr se consumant
dans la jouissance de ceux qui le torturent. Voici la Vierge et son
enfant, sein découvert s'ouvrant au monde. Voici l'amer, et ses
sirènes, et ses naufrages. Voici la vague, et le vent, et la mort. Voici
l'homme à genoux, le Christ en croix, la pierre du désert, le doute. Et
tout l'effroi de l'oiseau encagé devant l'autre et devant le Tout Autre.
Voici le travailleur fouaillant la terre. [...] Balancement mystérieux et
mystique entre le début et la fin, nous retrouvons ici La Pesanteur et
la Grâce. [...]
Il est clair que Gerard Manley Hopkins, le poète, veut, par-dessus
tout, dire Dieu. Dieu présent dans la nature, Dieu présent dans
tout être, dans ce creux, dans ce vol d'un oiseau, dans cette fontaine,
sur ce chemin où les hommes se retourneraient quand passe la jeune
Dorothée, ou dans le bief où se baignent et se jouent de jeunes adolescents.
Si nous n'osons parler de panthéisme, nous n'en sommes parfois
pas si loin. Et pourquoi ne pas voir Dieu partout ? [...] Le poète
voit donc Dieu aussi dans la mort et l'abandon.