La bouche pleine de terre : et autres récits insolites

«Ici et là surgit dans le monde de Scepanovic un être qui
veut être plus qu'une allégorie humaine, un être qui veut agir en
aimant, marcher en rusant, esquisser une malice, un amour, un
geste tendre. Mais alors la meute grise des hommes-simulacres
se lance à sa poursuite. Et cette chasse à l'homme est ce qui nous
bouleverse le plus dans l'oeuvre déjà si mûre de Scepanovic. C'est
cette chasse au vivant organisée par la meute sociale qui hante et
définit l'étrange univers de cet écrivain.»
Georges Nivat (1981)
Branimir Scepanovic a un génie particulier : celui d'instiller
une angoisse croissante à ses lecteurs tout en composant ses récits
d'une manière inimitable, au-delà du comique ou du tragique.
Un intrus surgit, déclenchant une série de cataclysmes autour de
lui indépendamment de sa volonté : c'est le cas notamment dans
La mort de monsieur Goluza , mais aussi dans la célèbre Bouche
pleine de terre. Scepanovic ne se moque de personne : il laisse planer
le fatum et nous relate les dégâts, d'un oeil mi-amusé, mi-compatissant,
passant au crible les faiblesses humaines. Un humour
noir, mais souriant : «En fait, cette haine que nous avions pour lui
était comme un désir terrifiant et merveilleux.»