Pour moi, dit-il, hélas, j'écris avec des ciseaux : sur trois livres, Du dépeçage comme de l'un des Beaux-Arts (1976), Le fils apprête, à la mort, son chant (1981), Beau front pour une vilaine âme (1988) : entretiens inédits

Pour moi, dit-il, hélas, j'écris avec des ciseaux : sur trois livres, Du dépeçage comme de l'un des Beaux-Arts (1976), Le fils apprête, à la mort, son chant (1981), Beau front pour une vilaine âme (1988) : entretiens inédits

Pour moi, dit-il, hélas, j'écris avec des ciseaux : sur trois livres, Du dépeçage comme de l'un des Beaux-Arts (1976), Le fils apprête, à la mort, son chant (1981), Beau front pour une vilaine âme (1988) : entretiens inédits
Éditeur: William Blake
2005124 pagesISBN 9782841031559
Langue : Français

«La poésie, pour Jean-Paul Michel, est un vigoureux geste intérieur, bataillant au plus fort de l'inquiétude,

cherchant et trouvant " l'or " d'une existence crue dans la turbulence même, " l'ordre et le désordre " de

l'énergie créatrice, au-dedans et au-dehors. La poésie, loin d'un affaissement en quelque impuissance

assumée, des modes résiduels de la crainte et de la mélancolie, affirme de cette manière son audace, reconnaît

sa puissance, donne pouvoir à sa capacité de " saluer ", n'hésite pas devant la libre, l'honnête, la réjouissante

" folie de nommer ". Affirmation, amour peuvent permettre un élèvement, une accession au " tout de

l'être en sa fraîche présence ", un embrassement lyrique de la consciemment et viscéralement choisie profusion

des manières "contraires" de ce qui est : " Nous naviguons sur un vaisseau superbe et/nous pleurons ".

Voici notre erreur : un refus intellectualisé de reconnaître et d'admettre dans nos équations ontologiques

les splendeurs de l'existence, mêlées comme elles peuvent l'être aux énergies violentes de la beauté de ce

qui est. " Manquer à la joie ", écrit Michel, " c'est manquer à l'être ". Notre première fin demeure donc de

restaurer en nous-même notre capacité de défi et de confiance dans la célébration, rendant de cette manière

aux choses simples leur rayonnement intrinsèque. L'oeuvre de poésie suffirait à cela si elle parvenait à

" ca/dencer tant/de splendeur hors tout sens ".

[...] La célébration (poétique et quotidienne, gestuelle) de ce qui est - tout, chaque chose, avec toutes

ses paradoxales manières " contraires " - n'est pas tant un " calcul " strictement rationnel ou rationalisant

qu'une " brûlure ", selon les termes même de Michel : une passion, les flammes d'un désir, une intensité, une

aveuglante, instinctive consomption d'être - laquelle, pensée au-delà de toute " signification ", produit un

profond sens émotionnel et ontologique. Aimer est, ainsi, le seul geste " nécessaire ", donnant valeur, faisant

face à tout " mal " que nous pouvons sentir " mordre " en nous. [...]

Il faut lire Michel. On exulte.»

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