En-deçà du Rhin : l'Allemagne des philosophes français au XIXe siècle

La philosophie dite française, même si elle se prend
à rêver aujourd'hui d'horizons transatlantiques, est
dans la longue durée une affaire allemande. Mais
il s'agit d'une Allemagne à usage interne, traduite,
recomposée, adaptée, transformée. Les filiations et
contextualisations patiemment élaborées modifient
la nature de l'objet importé jusqu'à le recréer. L'université
française du XIX<sup>e</sup> siècle, de la chute du premier
Empire à la guerre de 1914, s'est passionnément
vouée à l'appropriation et à l'acclimatation de la philosophie
allemande, au point de donner à la discipline
philosophique une identité mixte, hybride, caractéristique
au plus haut point de ces espaces d'imbrication
qu'une histoire culturelle de l'Europe se doit désormais
de découvrir. Les apprentissages linguistiques,
les voyages, les traductions, les thèses, les revues, les
éditions spécialisées, les réseaux de correspondance
sont autant de jalons souvent méconnus d'un des
principaux transferts culturels de l'histoire contemporaine.