Cosmopolitismes, patriotismes : Europe et Amériques, 1773-1802

Peut-on aimer sa patrie sans oublier les devoirs d'humanité qui unissent
tous les hommes ? Naguère encore, les historiens opposaient volontiers un
cosmopolitisme des élites à un patriotisme «bourgeois» et «national». Des
travaux plus récents ont remis en cause cette dichotomie étroitement
déterministe. Alphonse Aulard, au début du siècle dernier, avait déjà
insisté sur l'inadéquation des catégories du «nationalisme» et de «l'internationalisme»
de son temps pour comprendre la manière dont les hommes
des Lumières et les «patriotes» révolutionnaires avaient analysé les
relations entre les peuples.
Les événements politiques actuels, la globalisation de l'économie, la
construction européenne ont relancé l'intérêt des chercheurs pour les
droits de l'humanité et la souveraineté des nations. Le «patriotisme
exclusif» et le «cosmopolitisme de système», comme le déclarait l'abbé
Grégoire en 1792, sont les deux faces d'un même oubli. Les révolutionnaires
américains, bataves, belges, liégeois, genevois, français, les patriotes
européens partisans de la Révolution française, ont tous réfléchi à des
degrés divers aux implications pratiques de cette dialectique entre l'universel
et le singulier.
C'est ce que cet ouvrage se propose de démontrer à travers un certain
nombre d'études et d'exemples connus et moins connus - la Révolution
genevoise ou l'insurrection de Túpac Amaru II au Pérou - qui éclaireront
tous ceux qui s'intéressent au phénomène révolutionnaire à l'oeuvre en
Europe et aux Amériques à la fin du XVIII<sup>e</sup> siècle. L'ouvrage est suivi d'une
chronologie qui sera très utile aux étudiants.