Mont Athos et patrie spirituelle : un chemin vers l'esprit par la clarté des âmes et la beauté du monde

Surgissant des eaux profondes, au nord de la mer Égée, ce pays apparaît aux marins
comme une montagne prodigieuse : tout un massif qui élargit et barre l'extrémité de la
presqu'île, et dont le sommet jaillit d'un seul élan, à plus de deux mille mètres au-dessus des
flots. C'est ici, entre l'immense ressac de la vague et les crêtes de marbre blanc, que les bases
formidables du mont, allongées sur dix kilomètres de côtes abruptes, offrent des séjours de
prédilection aux ermites et aux solitaires. Dominant l'étendue marine depuis les pentes
forestées, difficilement accessibles par de rares sentiers secrets, il existe là des lieux habités
parmi les plus retirés de cette terre, nommée ici : l' Eremos , le désert... Au septentrion du
monde méditerranéen, c'est toujours le Désert des ascètes, dans la tradition venue de Haute-Égypte
aux premiers siècles de notre ère, depuis les disciples de Jean-Baptiste et de Jésus.
Pour rejoindre le continent, l'autre flanc de la traverse montagneuse, tout aussi rude par
son décrochement brutal de quelque mille mètres, développe une longue échine s'abaissant
sur quarante kilomètres, jusqu'à la gorge étroite et basse où s'affirme la vocation insulaire
de cette contrée unique en Europe. Sur le territoire de la Grèce, la presqu'île du Mont-Athos
constitue, en effet, un îlot intégré, mais largement autonome quant à sa vie intérieure. Les
vingt monastères indépendants qui s'en répartissent l'étendue, forment, par leur fédération
sagement structurée, une république monastique, stable depuis quinze siècles, traversant
toutes les convulsions politiques de l'histoire européenne, grâce à la seule force non-violente
de l'intelligence et de l'esprit, soutenue par la sublime beauté du lieu.
Chacun des couvents fournit une assistance, et assure des responsabilités à l'égard des
établissements religieux qui vivent sur son domaine en regroupant des communautés allant
de plusieurs dizaines de membres, à un seul ermite-moine, au sens propre du terme : monos ,
seul au Désert. Du sommet de l'Athos, par temps clair, s'aperçoit l'infime ponctuation des
fondations monastiques, unies par un ténu réseau capillaire de sentiers ocres, sur les vastes
étendues vertes du végétal. Il faut parfois plus d'un jour de marche pour relier certains
monastères à un autre. Et l'on peut s'égarer, voire se perdre en chemin. L'ascète solitaire
pour qui le voyage pédestre fait partie de sa pratique méditative, trouve ici le pays consacré
à la vie de l'âme selon son coeur, autant que le chantre ou le peintre d'icônes sédentaires. En
reconnaissant la diversité des voies menant à la même lumière invisible, ce Haut Lieu de la
grande Europe a fondé, dans l'ordre spirituel, l'unité véritable qui assura sa permanence.