Eugène Onéguine

"En pleine guerre civile, sachant lui-même qu'il
n'avait plus que quelques mois à vivre, Alexandre Blok,
le plus grand poète symboliste russe, disait dans un
dernier hommage à Pouchkine : «Notre mémoire conserve
depuis l'enfance un nom joyeux : Pouchkine.
Ce nom, ce son emplit de nombreux jours de notre
vie. Les sombres noms des empereurs, des chefs de
guerre, des inventeurs d'armes de destruction, des
bourreaux et des martyrs de la vie. Et, à côté d'eux,
ce nom léger : Pouchkine.»
Placé du côté de la légèreté, du sourire, le roman
de Pouchkine est unique dans la littérature russe :
il n'apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n'accuse
pas, n'appelle pas à la révolte, n'impose pas un point
de vue, comme le font, chacun à leur façon, Dostoïevski,
Tolstoï, ou, plus près de nous, Soljénitsyne
et tant d'autres, Tchekhov excepté...
En Russie, chacun peut réciter de larges extraits de
ce roman-poème qui fait partie de la vie quotidienne.
A travers l'itinéraire tragique d'une non-concordance
entre un jeune mondain et une jeune femme passionnée
de littérature, il est, par sa beauté, par sa tristesse
et sa légèreté proprement mozartiennes, ce qui rend
la vie vivable."