Religions en bibliothèque

Les violences et les tensions dont elles ont fourni le prétexte depuis 2015 font
émerger, au-delà de l’urgence et de l’émotion, de nouvelles questions sur la
place et le rôle des religions dans la société contemporaine, et sur les difficultés
de l’institution laïque à préserver du fondamentalisme religieux une jeunesse
marginalisée par la crise économique et sociale, et d’autant plus perméable aux
fanatismes.
Les missions des bibliothèques publiques font d’elles des artisans privilégiés du
lien social et des observatoires critiques de l’actualité. Les bibliothécaires ont
réaffirmé ces dernières années leur engagement dans les valeurs essentielles
du vivre-ensemble républicain : tolérance, ouverture et laïcité.
Mais une réflexion complémentaire doit être menée sur la part réservée aux
religions dans les pratiques professionnelles, et sur l’effort à déployer pour qu’une
meilleure connaissance mutuelle permette dans les esprits les conditions d’une
coexistence pacifique. Il est urgent de passer aujourd’hui, comme le proposait
en 2001 Régis Debray, « d’une laïcité d’indifférence à une laïcité d’intelligence ».
Les bibliothèques sont les outils par excellence de cette nécessaire mutation.
Elles doivent sans doute, au-delà d’une simple approche encyclopédique des
religions, repenser leur politique documentaire, et intégrer davantage les
questions religieuses dans leurs partenariats et leur action culturelle ; des
organismes et des réseaux, confessionnels ou non, peuvent leur servir de
référence ou d’appui scientifique.
Loin de tout prosélytisme, du relativisme sceptique ou de l’athéisme agressif,
par le simple souci de mieux connaître et de respecter les convictions de chacun,
les bibliothèques délivreront d’autant mieux, dans une société sécularisée qui
doit encore pacifier son approche de la transcendance, le message de fraternité
compris dans la devise de la République.