Long sera le chemin du retour : roman angolais

Fernando Ngangulau était devenu un jeune homme très grand pour son âge. Un visage allongé surmonté d'une coiffure "afro" à la mode de l'époque. Un petit duvet apparaissait déjà sur son menton et la voix était devenue celle d'un homme.
Douze ans s'étaient écoulés depuis son arrivée au Congo. Douze ans d'exil ! La lutte armée en Angola continuait à faire des victimes tous les jours et nulle perspective d'indépendance.
La presse angolaise en exil commentait tous les soirs sur les ondes de Radio-Brazzaville et de Radio-Kinshasa les victoires des combattants de l'une ou l'autre rive du fleuve Congo (rebaptisé Zaïre depuis peu "de l'autre côté").
La radio portugaise émettant d'Angola, pour sa part, louait les efforts de l'armée de l'Empire qui "décimait" les "terroristes" de tous bords.
Le point de vue des Angolais divergeait selon leur estime pour tel ou tel mouvement de libération. A ce sujet, Fernando Ngangulau était souvent opposé à son oncle Rodrigo Tenda.
- Tu sais, fiston, disait Rodrigo Tenda, nos dirigeants de Brazzaville sont des communistes ; or Dieu sait combien les communistes aiment s'accaparer des richesses qu'ils n'ont pas produites ! Je ne me vois pas donner à tout le monde ce que j'ai durement acquis par la sueur de mon front.
Argumenter ne servait à rien. Le neveu abandonnait vite la partie.
Souvent, il se promenait seul dans la gare de Pointe Noire et, regardant les rails filer à l'horizon, il murmurait :
- Il sera long le chemin du retour...