L'Afghanistan, une aventure géopolitique française

Alors que l'Occident l'avait relégué aux oubliettes des vestiges post
soviétiques de la défunte Guerre Froide, la France redécouvrait subitement
l'Afghanistan le 11 septembre 2001, au seul motif que le commanditaire des
attaques terroristes, Oussama Ben Laden, se terrait aux confins de l'Hindu
Kusch, sous la protection du Mollah Omar.
Douze ans de guerre plus tard, les soldats français de la brigade La Fayette
amorçaient le retrait de la Force Internationale d'Assistance et de Sécurité
(FIAS) en quittant Kaboul au printemps 2014, après y avoir payé le prix du
sang et formé les Forces Intérieures de Sécurité, dans les pas mesurés des
audacieux Joseph Gallieni et David Galula, chantres de l'école française de
contre insurrection.
Pourtant, la présence française n'avait pas attendu la parenthèse talibane
pour s'illustrer durablement au « Royaume de l'Insolence » puisqu'elle
remonte au XIX<sup>e</sup> siècle, lorsque Kaboul fascinait les intellectuels et
scientifiques : de Joseph Arthur de Gobineau à la genèse de la Délégation
Archéologique, des périples afghans d'André Malraux ou de la Croisière
Jaune Citroën aux fascinants reportages de Joseph Kessel. Puis, dans un
même élan de curiosité et de fascination, s'écoulait près d'un siècle de
coopération des Constitutionnalistes parisiens au chevet du Droit afghan,
suivi de la coopération franco-afghane dans la lutte contre la culture et
le trafic d'opium (90% de la production mondiale) ponctué du challenge
périlleux de l'enseignement du français à Kaboul.
Aujourd'hui, l'Afghanistan continue de se débattre face aux visées
hégémoniques des acteurs régionaux comme la Russie, la Chine, l'Iran, le
Pakistan et l'Inde, mais également tente de conjuguer avec les puissances
occidentales, dont la France, qui rivalisent, en termes d'influence, dans un
Nouveau « Grand Jeu » qui se dévoile au centre de ce creuset des ressources
stratégiques et des enjeux majeurs de sécurité internationale.