Le conflit science-société : de bonnes raisons pour ne pas faire d'études scientifiques

Les relations entre science et société sont en crise. Les scientifiques sont
toujours soumis à des managers incultes en science et, bien qu'ayant fait des
études difficiles, ils sont les cadres les plus mal payés. Qu'ils travaillent et se
taisent ! Que mon chauffe-eau fonctionne bien et pas de listeria dans mes aliments !
Le mépris envers les compétences des scientifiques a produit des catastrophes
: Flixborough, Bhopal, Challenger, Tchernobyl, vache folle... Dans les
deux premiers cas, pour diminuer les coûts, on les avait remplacés par du
personnel sans qualification. Dans le troisième, on avait obstinément refusé de
les entendre. Le quatrième illustre la gabegie soviétique et le cinquième la
victoire de la cupidité.
La science évolue, se renouvelle, se remet en cause. Cette pulsion de
changement ne doit pas diffuser et perturber les valeurs de la société parce que
les puissants veulent la maintenir en l'état, pour conserver leurs avantages. Il faut
donc un contrôle : pour cela on a inventé les comités d'éthique. Ces comités sont
investis par les philosophes, car la science leur ayant échappé au XVIII<sup>e</sup> siècle, ils
tentent une reprise en main à la faveur du débat science-société. Ils se sont reconvertis
dans le pouvoir et l'influence, comme les astrologues autrefois.
Les religions veulent aussi maîtriser la science parce que celle-ci jette des
étincelles, peint la nature de couleurs chatoyantes, et en fait un jouet merveilleux.
Comment ne pas être attiré par ce jouet pour en pousser les boutons,
tourner les manivelles, faire briller les lumières, sonner les clochettes et
chanter ainsi la plus grande gloire de Dieu ?
Désorienté, sommé de satisfaire les fantasmes contradictoires de chacun, le
scientifique ne sait plus où donner de la baguette magique.