Haute vallée du Verdon et du lac d'Allos (section à Annot)

Au lac d'Allos
Voici la maisonnette où l'on sent, dès le seuil,
La paix délicieuse et le loyal accueil ;
Elle ressemble presque à la hutte du pâtre.
Comme elle, à l'ouragan jaloux de la combattre,
Humble, elle opposera son toit hospitalier
De mélèze et de pin taillés en bouclier.
La foudre, le torrent, la trombe, l'avalanche
Ont comme le respect de la fragile planche
Dont Noé fit l'esquif des jours diluviens.
Or, tout timidement, maisonnette, je viens
Dans mes petites mains t'apporter le baptême.
Pour un baptême il faut la robe, dont le thème
Fait pâlir les blancheurs du lis immaculé ;
Il faut l'eau naturelle et le cierge étoilé.
Rien ne manque au trio des liturgiques choses :
Maisonnette, à tes pieds, pareille aux blanches roses,
La neige des derniers frimas, splendidement
S'épanouit encor, baptismal vêtement ;
Là, presque sous mes doigts, énorme et solitaire,
Le lac offre l'ovale en fleurs d'un baptistère.
Jamais impérial enfant n'eut, sous les cieux,
Pour son matin lustral, temple plus glorieux.
Pour atteindre au sommet, maisonnette, où tu trônes,
Nous avons traversé des forêts de colonnes
Et nous avons, durant des heures de couleurs,
Marché dans un triomphe éblouissant de fleurs ;
Les orgues ont chanté des cantiques augustes
Par la voix des torrents cristallins et robustes ;
Les brises, les oiseaux, tout au long des sentiers,
En voltigeant dans le pavois des églantiers,
Ont, pour nous faire honneur, jasé des dialogues ;
Les bergers et les chiens, ces vivantes églogues,
Nous ont, sur l'émeraude avoisinant les bois,
Acclamé de leurs chants, fêté de leurs abois...
Elzéard Rougier.