La France libre fut africaine

«Avec quelle rage l'antigaullisme s'acharne à propager la légende
de "la résistance de Londres" ! Aux uns comme aux autres,
j'oppose la vérité : la France libre fut africaine.» Voilà ce que
soutenait fort justement Jacques Soustelle, ethnologue tôt rallié
à l'homme du 18 juin. Car à l'automne 1940, le Royaume-Uni
n'apportait à la France libre ni combattants, ni matières
premières, ni territoires. Le domaine du général de Gaulle s'étendait
alors de la frontière tchado-libyenne au fleuve Congo. Sans
ces territoires, quelle crédibilité, quelle reconnaissance internationale,
quel argument pouvait-il invoquer contre Vichy qui se
targuait de la «fidélité» de l'Empire ?
Alors que la geste des combattants levés en Afrique du Nord et
de l'Ouest comme les hauts faits de la résistance intérieure sont aujourd'hui
bien connus, le sort de l'Afrique équatoriale française et
du Cameroun, bastions gaullistes de la première heure, est demeuré
injustement ignoré. Ce livre entend, pour la première fois, porter
le regard sur ces territoires appelés à soutenir de leurs hommes et
de leurs richesses l'étendard de la croix de Lorraine. La résistance
à l'Allemagne nazie, à l'Italie fasciste et au régime de Vichy ne
fut pas seulement portée en métropole par les héros de l'armée
des ombres ; elle fut aussi, dès le mois d'août 1940, une odyssée
africaine dont cet ouvrage, fondé sur des archives inédites, entend
retracer le cours.