Pan ! dans l'oeil !... ou Trente ans dans les coulisses de la peinture contemporaine, 1900-1930

«Le XX<sup>e</sup> siècle n'a pas deux ans lorsque Berthe Weill inaugure en décembre 1901
sa première exposition 25, rue Victor-Massé au bas de Montmartre, lieu mythique
dans la capitale des Arts. Elle accueille tout ce que la peinture moderne compte
aujourd'hui de grands noms avec le triste corollaire de ceux tombés dans l'injuste
oubli : les énumérer tous en ferait un dictionnaire, citons néanmoins : Braque,
Chagall, Charmy, Czöbel, Derain, Van Dongen, Dufresne, Dufy, Dulac, Eberl, Flandrin,
Friesz, Gleizes, Goerg, Gromaire, Kisling, Lacoste, Laprade, Laurencin, Léger, Lhote,
Lurçat, Marcoussis, Marquet, Marval, Mathan, Matisse, Max Jacob, Metzinger,
Modigliani, Ortiz de Zarate, Pascin, Picasso, Puy, Redon, Renoir, D. Rivera, Rouault,
le douanier Rousseau, Utrillo, Utter, Valadon, Valloton, Villon, Vlaminck, Zadkine...
Evoquer en si peu de mots ce personnage de légende relève de l'impossible tant elle
aimait vraiment la peinture et les artistes. Sa boutique, aux dimensions de la
propriétaire, est petite et la disposition des tableaux du sol au plafond en accroît le
nombre. Tous ceux qui lui doivent d'avoir été exposés et parfois vendus - alors que
les autres marchands souvent les ignoraient - ont une dette immense envers cette
pionnière si enthousiaste pour les jeunes. Pierre Girieud, un des premiers
participants, vante dans ses souvenirs «la mère Weill des merveilles».
N'a-t-elle pas fait connaître pour la première fois dans sa petite galerie la peinture
de Flandrin, Marquet, Marval et Matisse dès février 1902 suivie, peu après Vollard,
par celle de Picasso en avril ?
Dans la grande foire naissante de la peinture, son ouvrage Pan dans l'oeil transpire
la farouche volonté de s'affirmer et de participer à sa manière à la renommée des
artistes au début de leur carrière. Nombre de peintres femmes - et non des
moindres - lui doivent leur précieux baptême dans la folle aventure qui s'annonce.
La présence des «maîtres» qui lui font fête en 1931 à l'exposition anniversaire
des «Trente ans de la galerie», prouve au plus haut point leur estime pour cet
hommage dont elle était si fière.
Jamais réédité depuis 1933, les souvenirs pittoresques et foisonnants de Berthe
Weill, l'amie des «jeunes peintres» et de l'avant-garde, sont une source
d'informations essentielles pour connaître, ou redécouvrir, la vie artistique à Paris
au début du siècle.