L'exil comme épreuve littéraire : l'écrivain iranien face à ses homologues

Source de débats, parfois de querelles, d'inquiétudes et, surtout, d'un
important renouvellement thématique et stylistique, la question
de l'immigration et de l'exil a marqué la fin du XX<sup>e</sup> siècle, tant dans
la littérature française que dans celle des autres cultures. Les auteurs,
comme chaque exilé, cherchent à donner sens à cette expérience. Jusqu'à
l'époque actuelle, les oeuvres de l'immigration et de l'exil ont souvent
été influencées par l'expérience de leurs auteurs. Elles évoquaient le
souvenir douloureux d'une perte et d'un vertige identitaire, mais aussi
l'engagement d'un auteur qui a adopté une nouvelle langue.
Aujourd'hui, une nouvelle génération d'écrivains semble avoir pris
le relais. Avec deux romans à l'appui, Le Voyage des bouteilles vides
de l'Iranien Kader Abdolah et Les belles choses que porte le ciel de
l'Éthiopien, Dinaw Mengestu, cet ouvrage démontre l'évolution de
la littérature contemporaine de l'exil, et cela surtout en redéfinissant
l'identité du personnage exilé. L'individualisme est valorisé au
détriment du sentiment d'appartenance culturelle. L'exilé est désormais
un être cosmopolite qui se situe à la croisée de différentes cultures tout
en poursuivant son parcours personnel d'intégration.
Le roman iranien d'exil, libéré de ses contraintes politiques et sociales,
offre une vision originale vis-à-vis des autres littératures. Grâce à
sa rencontre avec d'autres sphères de culture, il s'engage à mieux
comprendre «l'homme», et plus particulièrement «l'Iranien». Le regard
réflexif porté sur l'existence, l'Iran et l'interaction entre la culture de ce
pays et celle de la nouvelle terre d'accueil, est l'un des facteurs majeurs
de l'enrichissement de la littérature d'exil iranienne.