Un artiste engagé

La stature de Steinbeck romancier a longtemps éclipsé le reste de son
abondante production : reportages, chroniques, évocations autobiographiques,
essais politiques.
Journaliste engagé, il a dénoncé le scandale social qui allait lui inspirer
Les Raisins de la colère , avant de prendre parti tant sur la guerre
froide que sur la ségrégation. Correspondant de guerre, il a décrit les
champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre du
Vietnam. Critique littéraire, il a mené une réflexion sur sa propre pratique
d'écrivain. Grand bourlingueur, il a dépeint l'Italie, l'Irlande, la
France d'après-guerre.
Mais il évoque aussi, avec humour et nostalgie, sa jeunesse californienne
et sa découverte de New York, ses amis célèbres, comme Henry
Fonda et Robert Capa, ou inconnus, tel le Ed Ricketts de Rue de la
Sardine.
Enfin, son dernier essai, «L'Amérique et les Américains», publié en
1966, dresse le portrait affectueux mais sans complaisance d'une nation
déchirée par les paradoxes de son histoire, partagée entre les aspirations
individuelles et la pression collective. La clairvoyance de son analyse
la rend plus pertinente que jamais.
Au fil de ce recueil se dessine la figure d'un écrivain constamment en
prise sur son temps, théoricien truculent, rebelle amusé, conservateur
provocant, naïf lucide, Américain cosmopolite. Un artiste engagé, un
homme libre.