Les volontés des morts : vouloir pour le temps où l'on ne sera plus

L'acte de dernière volonté est, par sa structure même, un acte profondément
singulier au sein du droit privé. Du côté du testateur, c'est une consolation de la
mort : le testateur cherche à se rassurer devant l'angoisse de la mort, la peur de
quitter les siens et ses biens. De ce point de vue, le testament est une liberté
pour les vivants, la liberté d'anticiper les conséquences de sa mort. Mais si on se
place du côté des héritiers, et plus généralement des survivants du de cujus , le
testament prend une dimension inédite, que n'a aucun autre acte juridique
privé et qui ne se retrouve chez aucune autre liberté individuelle : pour les
survivants du défunt, le testament est en effet un ordre, une loi, un
commandement. Autrement dit, le testament est fondamentalement un acte
normatif pour autrui : une loi privée pour les survivants. Tout l'enjeu du sujet
dépend de ces deux aspects : d'un côté, il faut accorder une liberté
testamentaire réelle à chaque personne vivante pour lui permettre de se
consoler de sa condition mortelle. D'un autre côté, il faut éviter que la volonté
du défunt ne dégénère en tyrannie à l'égard de ses survivants. Il est nécessaire
de protéger les vivants contre les rigueurs excessives des testateurs qui
prétendraient régenter outre-tombe la vie de leurs proches et empoisonner leur
existence. En un mot, il s'agit de consoler les mourants sans affliger leurs
survivants.