Mouvement social (Le), n° 224. Faire autorité dans la France du XIXe siècle

Dans la France du XIX<sup>e</sup> siècle se diffuse la crainte
d'une profonde «crise de l'autorité». Les légitimités
traditionnelles ne posséderaient plus
l'évidence dont elles auraient été entourées avant
la rupture révolutionnaire. De fait, ce «droit ou pouvoir de commander,
de se faire obéir» interroge : d'où vient cette capacité à obtenir l'obéissance
d'autrui sans avoir à user de force ou de persuasion ? Cette question politique
et philosophique majeure se pose aussi, beaucoup plus quotidiennement,
dans les relations sociales ordinaires et dans tous les domaines de l'activité
humaine.
Il s'agit donc ici d'examiner les modalités par lesquelles s'exerce la relation
sociale d'autorité dans la France du XIX<sup>e</sup> siècle, entre continuités et invention,
imposition et négociation. Cette dynamique affecte en premier lieu les
rapports entre les serviteurs de l'État - gendarmes, instituteurs, militaires,
maires dans une certaine mesure - et le reste de la population, mais constitue
aussi un enjeu important dans d'autres configurations : dans la famille, l'entreprise,
les tribunaux de commerce, au village, ou encore dans l'entre-deux
incertain qu'opère le romancier entre littérature et politique.