Par quatre chemins. Ames laïques

«Je me répétais l'un ou l'autre de ces vers à la recherche de son visage, sans jamais y parvenir. "La pluie a cessé depuis un moment" , dans un pays où la pluie est si rare... c'était pour moi le plus beau des vers, mais elle y demeurait introuvable. Parfois, je croyais sentir le parfum frais de l'anis. Je me rappelais "les brises vertes sentent l'anis, tout près, tout près l'un de l'autre, comme jamais" , et me retrouvais plus que jamais seul.
L'idée qu'une femme, quelque part dans le monde, eût pu écrire, un jour, de telles phrases était pour moi si nouvelle que j'en fus bouleversé. Je devins jaloux. Jaloux, non pas d'elle, car mon emportement m'avait libéré de cette jalousie-là. Je fus jaloux de l'homme, de tout homme ayant jamais inspiré de tels sentiments à une femme. Je fus jaloux des sentiments et émotions qu'elle avait si soigneusement protégés du regard des autres, de la complicité amoureuse qu'elle avait connue, et dont j'entrevoyais pour la première fois la possibilité.»