L'homme est-il un animal politique ? : physique de la misanthropie, entre littérature et philosophie

Le compartimentage disciplinaire hérité du XIX<sup>e</sup> siècle, qui est
désormais le propre de notre culture, pousse souvent à opposer
les intentions esthétiques de la littérature au chemin vers la vérité
que serait la philosophie. Cette opposition nie la possibilité d'une
philosophie littéraire tant que, réduite à un dogme, elle n'est pas
critiquée.
Ce livre, plutôt que d'opposer la littérature et la philosophie, raconte
ce qui les rapproche en prenant un thème qui leur est commun, celui
de la misanthropie. Mais puisqu'il s'agit de philosophie, cet ouvrage
ne s'arrête pas à la définition traditionnelle de la misanthropie, telle
qu'on peut par exemple la trouver représentée sur scène, dans le
théâtre de la misanthropie. Le Timon de Shakespeare ou l'Alceste de
Molière n'ayant qu'un pouvoir politique restreint ne représentent pas
véritablement de danger pour l'humanité. Ce sont des misanthropes
passifs. Le théâtre ayant livré un concept de misanthropie incomplet
pousse à se tourner vers la littérature dystopique et la littérature
concentrationnaire, pour faire émerger des misanthropes qui auraient
les moyens de leur haine de l'humanité, des misanthropes actifs.
Tous les hommes appartiennent, sont, ont une culture ; la misanthropie
hait les hommes, la misanthropie hait la culture. Ce livre se veut une
auscultation de la misanthropie dans son versant misologique, c'est-à-dire
pensée en tant que haine de la Kultur (culture collective) et
haine de la Bildung (culture personnelle).