Le sud du soleil

"Michel Cosem ne cherche pas l'inspiration, elle vient à lui car il regarde le
monde. La beauté est là / inattendue, inespérée / toute blanche et nue / sans
mémoire / sans cicatrice. Il y a en lui quelque chose d'un Monet arpentant la
campagne, chevalet et boîte de couleurs en bandoulière, célébrant le jour en
guettant ses plus infimes nuances de lumière.
Être là au moment juste, et savoir dire. "Capter la lumière des choses avant
qu'elle ne s'éloigne", disait Bashô pour définir l'art poétique du haïku. Par
instants, nous n'en sommes pas si loin, avec cette façon qu'a l'auteur de
respirer, de poser son regard et de laisser les choses parler d'elles-mêmes, par
leur seule présence.
(...) Nous sommes ici en poésie. En pure poésie, écrite à l'encre vive du
bonheur d'être."
Gaëlle Josse
Nul ne dira suffisamment, définitivement, le dialogue ardu des vagues et des
rochers. L'eau se jette blanche sur les aiguilles noires qu'elle habille et
déshabille. Les embruns ne sont pas naufragés. Ils écrivent le dialogue des
deux mondes les nuits de brouillard ou de grand vent. Ils font aussi le trait
d'union entre l'énigme et la légende ne laissant aucun endroit secret. Matin et
soir c'est la même respiration.
(Falaises d'Urugne, Pyrénées-Atlantiques)
Grande traversée de terre en ce matin de couleurs vives et de vues émouvantes
sur la montagne blanche. Tout en haut sur les crêtes quelques maisons claires
parlent une langue fraternelle. Quelques arbres fantômes poussent au milieu
des labours et servent de perchoir aux gros corbeaux qui attendent je ne sais
quoi. Parfois au milieu des sillons subsistent quelques ruines de maisons de
terre désormais perdues pareilles à des ombres endormies. Les ailes du moulin
sont arrêtées et le petit souffle ne parvient pas à les éveiller.
(Nailloux, Haute-Garonne)
Michel Cosem, in Le sud du soleil