L'Algérie aux IIe-IIIe siècles (VIIIe-IXe) : quelques aspects méconnus du royaume rostémide (144-296, 761 62-908 909) : l'exemple d'un islam tolérant

L'assassinat en 35/656 de `Uthmân, troisième calife orthodoxe aboutit à ce que
Taha Hussein appelle la très grande querelle pour le califat et à la naissance de
deux grands schismes : le Kharijisme dont les partisans sont pour un califat électif
sans distinction d'origine : l'Imâm guide de la Communauté doit être choisi
uniquement pour ses qualités ; et le Chiisme dont les adeptes sont pour le califat
héréditaire et veulent donc que la direction de la Oumma reste dans la famille
du Prophète, c'est-à-dire dans la descendance de Fatima, sa fille, et de `Alî, cousin
et gendre de Muhammad.
Après le triomphe de l'Omayyade Mu'âwiya, gouverneur de Syrie, sur `Alî,
les Kharijites, pourchassés en Orient par les gouverneurs de Damas, se réfugièrent
dans le Maghreb où leur mouvement le plus modéré, l'Ibadisme prend racine.
Les Ibadites, sous la conduite de `Abd ar Rahmân b. Rustum, un Persan
de Kairouan, réussissent à créer en 144 (761) un royaume dans le Maghreb central
avec comme capitale Tihert, à quelques kilomètres du Tiaret actuel.
Ce royaume va rayonner pendant cent cinquante ans jusqu'à la Tripolitaine
et aura un prestige immense auprès de tous les Ibadites de l'Empire. Entouré
de royaumes souvent hostiles, il réussira cependant à vivre dans une paix relative,
en ayant même une politique d'allégeance et d'amitié avec, en Espagne,
les rescapés de la dynastie omayyade qui avait décimé les Kharijites d'Orient.
Sous la conduite d'un imâm désigné par le conseil des Machâykh gardiens
de la foi, il sera le modèle d'une théocratie à la fois rigoureuse et tolérante
dans laquelle vivent côte à côte et sans heurt, les musulmans de différentes
obédiences et même une minorité chrétienne. Un royaume où chaque
communauté pratique librement sa foi dans une sorte de démocratie participative
où la primauté est donnée au dialogue, à la discussion et à la controverse
intellectuelle, le plus souvent pacifique, plutôt qu'à l'affrontement armé qui a
déjà fait couler beaucoup de sang depuis "la très grande querelle".