L'uniforme

« Le temps efface tout »
C'est presque vrai ; à ceci prés que pervers, il préfère la lente oxidation des hommes et des genres. Alors, pour résister, la mémoire s'organise souvent autour d'un simple son, d'une odeur ténue, d'une saveur amère, d'une envie sucrée... ou de sombres funérailles.
Relativité du temps et de l'espace démontrée par un conteur arc-bouté sur des mots, l'auteur nous fait profiter d'une filiation directe avec le porteur de souvenirs pour en mesurer l'impact, l'impact, échanger la détresse contre la truculence et commuer le cynisme en bonté... La liste n'est pas exhaussive mais le pluriel bien singulier.
Antoine de Ribérac plonge et nous entraîne tout au fond de cette histoire insolite pour ne remonter qu'au bord de la noyade. Laisser pour mieux prendre. Rire pour moins souffrir. Bien écouter pour mieux sentir.
1985, Aux obsèques d'un vieux compagnon d'armes de 1940, Henri raconte à son petit fils une petite histoire noyée dans la grande. Une histoire d'hommes perdus dans l'invasion, et celle d'un petit ruban blanc jeté dans la guerre par la force des choses... Et puis, et surtout, l'histoire très confuse d'un uniforme échangé et de l'ironie du sort.
Fable sur la nudité. Plongée dans le quotidien des acteurs de la débacle avec toutes les avanies de la fuite. L'ordinaire est sauf. L'extraordinaire est évoqué. Modestie des âmes. Cruauté des hommes. Humour garanti d'époque. Sensations d'origine contrôlée, saupoudrée de sentiments authentiques où se mêlent : haine, orgueil et amertume pour ne garder que la simple humanité.