Légion, je t'accuse ! : la face cachée de Kolwezi

A Kolwezi, les morts s'accumulaient en
bordures des routes. Personne pour les
ramasser. Un soir, lors d'un déplacement de
notre compagnie en véhicule, du haras à
l'Hôtel Impala, le convoi dû s'arrêter pour
quelques secondes. Notre chauffeur eut la
sinistre idée de rouler sur un cadavre zaïrois,
qui éclata littéralement sous le poids de la
roue. Drôle de jeu ! Le camion s'immobilisa
donc, avec ce corps pile poil sous notre
véhicule. L'odeur était absolument
répugnante et il se passa plusieurs minutes
avant que le GMC ne reprenne la route.
J'étais surpris de voir tant de morts dans les
rues ; des corps d'africains mais aussi de
blancs. Ces derniers étaient ramassés par la
Croix Rouge en premier. Quant à ceux des
noirs, ils avaient le droit de pourrir au soleil
du Zaïre. Sur le parcours, le camion s'arrêta.
Un sergent d'origine espagnole s'approcha
d'un cadavre noir dans un fossé, tout en
retirant son poignard de sa gaine, il nous
expliqua qu'au Tchad, les légionnaires
coupaient les oreilles de leurs ennemis pour
en faire un collier. Il voulu faire de même
mais l'oreille lui resta dans la main. D'un air
dégoûté il dit :
- «Elle est trop pourrie !»
Cet endroit devenait de plus en plus sinistre
et écoeurant ! Je n'étais pas au bout de mes
peines...