Introduction historique à l'étude du droit musulman chaféite des Etats francophones de l'océan Indien : République de Djibouti-Union des Comores

Le droit musulman chaféite, une des quatre disciplines juridiques du
sunnisme, demeure droit positif dans des territoires dominés un temps par
la France et concrétisés aujourd'hui dans l'existence de deux micro-États
musulmans qui ont la langue française et le chaféisme en partage : l'Union
des Comores et la République de Djibouti.
La Sharia , corps de droit à prétention universaliste, est, avant tout,
droit de la famille et c'est au sein de cette dernière que l'Islam chaféite
continue d'inscrire son particularisme, lié à la spécificité de la Révélation
coranique et aux constructions jurisprudentielles de l'imâm Chaféi et de
ses disciples : les Codes de la famille promulgués en 2002 à Djibouti et en
2005 aux Comores demeurent à cet égard des marqueurs d'identité.
Le droit musulman de l'Océan indien francophone demeure cependant
un corpus juris unitaire dans ses grands traits, mais son abord doit emprunter
les chemins de l'histoire, car il est en réalité l'aboutissement d'un véritable
synchrétisme entre la Sharia chaféite initiale qui, si elle domine les deux
constructions de l'Océan indien francophone, a été associée à certaines
coutumes locales et au droit international conventionnel. Les deux Codes
sont donc composites et ce particularisme est plus ou moins sensible selon
les institutions légiférées.
Leur étude présente un grand intérêt pour la «francophonie juridique» :
ces Codes de la famille sont les premiers monuments législatifs musulmans
à avoir été promulgués en langue française ; la Sharia n'avaient jusqu'alors,
dans l'espace de l'OIF, fait l'objet que de traductions officielles en français.
Le droit international privé est ainsi partie prenante de cette promotion de
la langue de la République, car la nécessité, pour les tribunaux français,
d'accéder au contenu de ces monuments législatifs, s'impose en cas de
conflit de lois, dès lors que le litige présente un élément d'extranéité
djiboutien ou comorien.