Migrations et diasporas turques : circulation migratoire et continuité territoriale (1957-2004)

A l'heure où la Turquie et l'Union Européenne entament les négociations
d'adhésion, après quatre décennies de relations parfois houleuses,
l'existence d'une population européenne d'origine turque nombreuse, de
trois à quatre millions de ressortissants turcs ou d'Européens originaires
de Turquie, a permis l'émergence de relations denses et quotidiennes
entre les deux espaces géographiques. Il n'est pas ici directement question
de l'intégration des immigrés, mais de l'ensemble des relations physiques
(les personnes), économiques, sociales, culturelles, véhiculées par des
systèmes de transports et de communications.
Cet ensemble de relations discrètes, mais incomparablement efficace,
est dit ici circulation migratoire. La question posée est celle de l'émergence
d'un nouveau type de diaspora, comme le pensent certains chercheurs,
ou de celle d'un autre rapport à l'espace, construit autour de réseaux
variés. Ce rapport pourrait être celui de la société nomade face à la société
sédentaire, mais dans un contexte socioéconomique fort différent de celui
où ces termes ont été forgés. De toutes les manières, la circulation
migratoire turque, composée de familles, de personnes isolées de touts
statuts migratoires possibles, de transporteurs et de commerçants, de
diplomates et de journalistes, de flux touristiques, financiers, culturels
et matériels - les norias de semi-remorques observées sur les autoroutes
allemandes, les avions sous pavillon turc dans tous les aéroports
européens...-, intègre l'espace turc à l'espace européen bien plus sûrement
qu'un traité d'adhésion.