Economie politique (L'), n° 25. L'altermondialisme a-t-il un avenir ? : les problèmes, les critiques, les pistes de renouveau

Economie politique (L'), n° 25. L'altermondialisme a-t-il un avenir ? : les problèmes, les critiques, les pistes de renouveau

Economie politique (L'), n° 25. L'altermondialisme a-t-il un avenir ? : les problèmes, les critiques, les pistes de renouveau
2005112 pagesISBN 9782952221238
Format: BrochéLangue : Français

Ceux qui suivent attentivement la littérature altermondialiste

française de ces dernières semaines savent que le mouvement

joue en ce moment son avenir. Tous les appels en faveur d'une

«nouvelle étape», d'une «nouvelle dynamique», d'un «renouvellement»,

etc., reflètent les craintes d'un essoufflement généralisé,

d'une panne de mobilisation, d'une lassitude face à des

forums sociaux médiatisés mais qui ne débouchent sur rien de

bien précis.

Les militants altermondialistes n'ont pourtant pas à rougir de

leurs efforts. Regardés de haut depuis les montagnes de Davos par

les élites politiques et économiques il y a à peine quatre ans, ils

sont désormais reconnus comme des acteurs à part entière de la

scène politique mondiale. Les gouvernements acceptent de les

rencontrer, les institutions internationales cherchent à les séduire,

les firmes multinationales engagent avec eux des partenariats

et les universitaires les scrutent au microscope. Belle consécration !

Cette victoire politique n'est pas négligeable. Dans un monde

où l'hégémonie des Etats-Unis et l'influence du pouvoir économique

atteignent des proportions inquiétantes, avoir réussi à se

faire une place pour convaincre qu'un autre monde, moins inégal

et plus respectueux de la planète, est une utopie pour laquelle il

vaut la peine de se mobiliser n'est pas une mince réussite.

Ce résultat, pour satisfaisant qu'il soit, ne suffit pas à changer

le monde. Pire, pointe l'angoisse, comme l'exprime ici René Passet,

d'être devenu le fou du roi, celui qui, sous ses airs provocateurs,

n'est en fait que le rouage d'un système - hier la monarchie,

aujourd'hui le capitalisme - qu'il entretient. Comme l'a montré

l'économiste américain Albert O. Hirschman il y a plus de vingt ans

dans Bonheur privé, action publique , tout engagement public

bute à un moment donné sur la déception. Elle s'explique en

partie par le fait que «le résultat attendu d'une action publique est

un produit de l'imagination du citoyen» et que notre esprit a

tendance à projeter la nécessité de changements radicaux, de

grandes victoires révolutionnaires et symboliques. [...]

Christian Chavagneux

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