Le Moïse de Freud au-delà des religions et des nations : déchiffrage d'une énigme

Cette enquête part des indices montrant que le fondateur
de la psychanalyse a résolu, il y a plus d'un siècle déjà,
une énigme qui le fascinait depuis sa jeunesse : reconstituant
l'écriture de l'histoire biblique de Moïse, il en a
déduit que l'origine égyptienne du monothéisme exclut
logiquement l'exode et l'élection d'Israël.
La difficulté de ses contemporains à parvenir à la même
analyse est due à leurs résistances respectives, la tradition
chrétienne, par exemple, s'appuyant sur la contradiction
entre l'universalisme monothéiste et l'élection
juive afin de mieux affirmer sa prétention à être «Verus
Israel», prétention dont les «nations» issues de l'Empire
romain chrétien ont hérité à leur tour, les progrès de la
critique jusqu'au 20<sup>e</sup> siècle ne réussissant pas à les en
affranchir.
Mais si Freud a choisi de recouvrir sa solution de l'énigme
biblique d'une nouvelle énigme, construite autour
des mystérieux meurtres du père originaire et de Moïse
alignés sur celui de Jésus, c'est que face à l'imminence
du retour d'un refoulé millénaire de l'histoire religieuse,
cet homme des Lumières a préféré ménager les monothéismes
et léguer sa découverte sur l'élaboration du surmoi
divin à la postérité.