Menteurs amoureux

«Jamais une femme ne l'avait invité de manière si gracieuse à franchir
la frontière qui séparait l'affinité de l'intimité. Il n'y eut rien d'embarrassant
dans sa manière de se dévêtir, ni rien de prétentieux : les vêtements
glissèrent et furent envoyés au loin comme si elle avait attendu le moment
de s'en débarrasser toute la journée ; puis elle se coucha dans son lit et
l'invita par un regard brûlant d'un désir aussi adorable que ceux qu'on
s'échangeait dans les films. [...] Pelotonné contre son dos, un bras passé
autour de son corps et un de ses seins sublime et palpitant dans le creux
de la main, Jack Fields ne prêtait aucune attention aux vagues. Il était
trop heureux et trop ensommeillé pour se concentrer sur autre chose
que l'unique pensée cohérente, et heureusement secrète, qui lui traversait
alors l'esprit : Francis Scott Fitzgerald rencontre Sheilah Graham.»
On savait, depuis La Fenêtre panoramique , que Richard Yates appartenait
au cercle des «grands» romanciers américains. Dans ce recueil inédit,
il apparaît aussi comme un nouvelliste remarquable. Les fragments de
vie qu'il saisit à la manière d'instantanés offrent une expérience de lecture
unique, la sensation de toucher une vérité crue, sombre mais finalement
libératrice.