Otrante, n° 23. Londres fantastique

Mystères de Londres ? Comme au titre de cette saga criminelle que Féval imaginait,
peuplant la cité londonienne de formes inquiétantes et terribles. Le mythe fantastique
de Londres est bien ancré dans les imaginaires contemporains depuis le
gothique victorien, les errances nocturnes de Jack l'éventreur et de Sherlock Holmes,
celle de Mister Hyde ou de Dracula, il se répercute dans un ample réseau de réécritures
et d'images qui voient dans ses motifs et ses figures privilégiés un théâtre fictionnel
où se représentent les contradictions des groupes sociaux, des désirs privés
et des formes les plus outrées de l'inégalité née du monde de la marchandise et du
commerce. Brume et bas-fonds, East End et Mayfair , ordre edwardien et refoulement
victorien contribuent à faire des bords de la Tamise un lieu fantastique majeur dans
l'imaginaire européen.
Cette livraison d' Otrante entend arpenter ce lieu essentiel en empruntant aussi bien
le chemin des références fondamentales (Hogarth, Dickens, Mayhew) que le lacis de
ses écritures policières et fantastiques (Stevenson, Stoker, Machen, Conan Doyle)
tout en débusquant certaines configurations contemporaines (Rushdie ou Sebald).
Mais ce parcours est aussi un ensemble d'images et de fictions, de voix d'écrivains,
par le jeu de textes oubliés ou de paroles récentes que l'on voudra solliciter par
l'illustration et l'entretien (Evette, Naugrette) ou grâce à une fiction inédite de Adam
Thorpe. C'est également au cinéma, en Amérique comme en Europe, que les représentations
de Londres ont dessiné un paysage fantastique spécifique, des reconstructions
des studios de la Universal et de la Hammer jusqu'au renouveau du cinéma
de genre anglais qui livre la cité à l'invasion des zombies, de la catastrophe virale
et écologique.