Faut-il encore écouter les intellectuels ?

«Le débat sur les intellectuels réactionnaires est un
symptôme : pas seulement celui du virage à droite
de la classe intellectuelle, qui est à peu près évident,
mais de la disparition de la figure de l'intellectuel
critique. La question n'est certainement pas de
distribuer les bons et les mauvais points, et de dire
qui est ou n'est pas réac. Elle est plutôt de savoir
qu'est-ce qu'un intellectuel ? - quelle est la nature
de son autorité, de sa responsabilité -, question qui
paraît peut-être ringarde et dépassée, mais qui est
au fond non résolue, et à reformuler, aujourd'hui
que beaucoup d'intellectuels voudraient conserver
l'aura de l'intellectuel critique sans la critique.»
Il s'agit bien ici de répondre au livre de Daniel Lindenberg, ou
plus exactement de poursuivre le débat qu'il a suscité autour de
la place et du rôle de l'intellectuel dans la société, dont la tentation
première aujourd'hui est moins d'être réactionnaire que
conformiste. C'est en convoquant la philosophie américaine que
Sandra Laugier nous invite ici à oser la question de la voix de
l'intellectuel, de son statut et de son autorité : de quel droit parler
au nom de tous ? Loin d'un débat passionné mais peu fertile, il
est grand temps que l'intellectuel se pense lui-même.