Afin d'éviter l'oubli

Au début de l'hiver 1940-1941 (soit respectivement six mois et un an avant
que les Soviétiques puis les Américains n'entrent dans la guerre), un garçon de 16 ans
et demi, Charly Salvadore, distribue, dans la banlieue marseillaise, les tracts que lui
confie un métallo communiste et qui dénoncent la politique réactionnaire de Vichy
et la collaboration avec l'occupant nazi. Quelques mois plus tard, le garçon devient
responsable de la propagande au sein des Jeunesses Communistes des Bouches-du-Rhône,
mais il est arrêté le 6 décembre 1942 et incarcéré à Marseille puis à Aix-en-Provence.
Relâché faute de preuves le 23 octobre 1943, il rejoint le maquis des
Francs-Tireurs et Partisans dans les Alpes-de-Haute-Provence où, à 19 ans, il
commande un camp de formation à la lutte armée. Le 27 mars 1944, au retour d'une
réunion d'état-major, il est capturé dans la montagne, près de Moriez, par un
détachement allemand, puis il est battu et remis à la Gestapo qui l'interroge et le
torture pendant près de quatre semaines, à Digne. Charly Salvadore ne parle pas : il
est alors déporté en Allemagne dans le camp de concentration de Sachsenhausen-Oranienburg
où, le 3 mai 1945, après avoir accompli "la marche de la mort" vers la
mer du Nord, il est libéré par l'avance des troupes soviétiques.
Charly Salvadore rapporte ici son engagement d'adolescent, la vie
quotidienne dans les prisons de Vichy, puis dans les maquis de la Résistance, les dix
mois passés dans les camps de la mort, la libération et le retour à la vie ; il a pris soin
d'illustrer son témoignage par des photographies d'époque et surtout par des croquis
qu'il avait pris lui-même sur le vif ou dessinés plus tard, léguant ainsi, aux
générations à venir, un véritable document historique.