La fin des cacahouètes

«Dans les milieux généralement bien informés de la
capitale sénégalaise». C'est par cette formule très classique
qu'ont démarré, pendant une trentaine d'années, tous les papiers
que Pierre Biarnès destinait aux lecteurs du Monde qui ne les ont
jamais lus, tout simplement parce que le correspondant à Dakar
du «grand quotidien du soir», comme on disait alors, ne les
envoyait finalement pas rue des Italiens.
C'étaient des sortes de «brèves de comptoir» qu'il
recueillait chaque jour, midi et soir, à l'apéritif, au bar de La
Croix du Sud , l'hôtel de Dakar le plus en vogue à l'époque. De
là, pour l'essentiel, il a suivi la vie des Français du Sénégal
pendant toutes ces années, presque jusqu'à aujourd'hui,
évoquant même des temps bien plus anciens, à partir des récits
des plus vieux habitués.
De ces petits textes restés dans ses tiroirs, Pierre Biarnès
tire une histoire assez décalée mais exacte jusque dans les
moindres détails de ces Français du Sénégal dont il moque avec
pas mal de cruauté, mais non sans tendresse, les comportements.
Des comportements inconsciemment racistes de petites gens qui
se désintéressaient en fait des évolutions politiques en cours,
travaillaient dur et, pour le reste, ne pensaient qu'à s'amuser (le
cul, la picole et les canulars), pour oublier le temps qui passe.
Pas de quoi faire de grands papiers dans Le Monde. Et
cependant...