Clinique lacanienne (La), n° 13. Prendre corps ?

Que dit la clinique psychanalytique de notre corps
que le postmodernisme désigne comme objet biologique,
identique à lui-même, mesurable et explorable
à souhait, dans sa matérialité de chair brute ? Peut-il vraiment,
comme on le prétend aujourd'hui, livrer le mystère de ce
qui le ronge et le rend malade sans que la parole du sujet y
soit ? Pure matière, pure innocence, ne voulant rien savoir du
trauma qui le pousse à refouler, s'il ne prend pas la mesure de
la dimension psychique de ses symptômes douloureux, ne
risque-t-il pas de perdre l'essentiel de son humanité ?
N'oublions pas que Freud a inventé la psychanalyse à partir
des maux du corps de l'hystérique en rendant évidente leur causalité
inconsciente, ignorée par le sujet. Il découvre que l'inconscient,
dans son chiffrage, cherche la jouissance, obéissant
à des règles qu'on peut isoler du fait de la répétition. Lacan, à
son tour, dégage le paradigme du premier trauma comme étant
celui de l'entrée du sujet humain dans le langage qui lui préexiste,
celui de l'Autre. Il nous enseigne que sonder les rapports
du corps et du langage, c'est aussi interroger le complexe
paternel, c'est poser la question de ce qu'est la femme.