La malgeste des mornes

Sait-on vraiment qui fut Georges-Alexandre Zozime (Sansann
pour les intimes, Gros-Gaz pour la chronique), natif de Morne
Gros-Totote, nombril du nombril du monde, colline de
burlesque renommée ? Grand coqueur de donzelles, abritant ses ébats
dans un modeste hôtel parisien ? Ou plus fameux prophète de
l'identité créole depuis que le Petit Livre est rouge et que la Martinique
- si c'est elle - est une île ? Et si, contre toute attente, ce «passionné
des mornes» ne relevait que de la psychologie des profondeurs ?
Jo Barthélemy, qui sous ses airs confiants a entrepris d'ériger le
mausolée littéraire de cet immortel, sait-il seulement où il met les
pieds ? Car, tout à la fois truculent et pudique, belliciste et pacifiste,
mi-Don Juan mi Don Quichotte, le dénommé Gros-Gaz défie la
biographie. Et c'est bien malgré lui que ce prince des paradoxes fait
les frais de la geste érotico-politico-loufoque qui s'écrit sur son dos,
fruit des indiscrétions, des cancans et de l'espionnage.
La créolité avait son éloge, il lui manquait sa farce. Dans une langue
voluptueuse, coupée de vrai ou de faux créole, La Malgeste des mornes
est une chronique picrocholine des guerres identitaires, une satire de
l'«immondialisation» et de la «mondernité», en même temps qu'une
parabole de la création romanesque.