Comment Clémentine, sourde, devint musicienne

Je me doutais bien en raccrochant le téléphone qu'il me
serait difficile de répondre à la demande d'une mère sollicitant
par les compliments que je lui avais adressé, de me
confier sa fille, sourde depuis la naissance afin que je
développe chez elle un quelconque penchant pour la
musique.
Selon moi, si j'acceptais une telle requête, celle-ci ne
devait en aucun cas servir à gagner mon instruction
comme l'habile pédagogue qui alignerait ses objets d'expérience
afin d'en tirer sans doute un meilleur parti. Mais,
il me semblait qu'à écouter mon intuition et celle qui allait
devenir mon élève, nous pouvions nous engager dans une
voie qui pouvait tenir lieu sur la manière importante d'envisager
le goût en général et le goût musical en particulier.
Marie-Aimée Lebreton