Les frères Gibert : pasteurs du Désert puis du Refuge

Ils viennent des Cévennes où la persécution religieuse est plus
intense que dans les autres grandes régions protestantes. Ils sont
deux frères, Jean-Louis et Étienne Gibert, tous deux pasteurs ; mais
autant l'aîné se montre fougueux et passionné, autant son cadet est
calme et tempéré : un meneur doué d'une grande force de persuasion
et un homme de conciliation préférant l'étude à l'action. Leur installation
dans les pays de l'Ouest (Poitou et Saintonge) puis leur
émigration vers l'Amérique font partie de la grande histoire du protestantisme
français.
Ils sont les premiers à recréer les conditions du culte grâce aux
maisons d'oraison qu'ils installent dans des granges ou maisons de
hameaux écartés, notamment en Arvert, mais les multiples difficultés
rencontrées et les dangers incessants de leur clandestinité incitent
l'un à quitter la région avec plusieurs familles de religionnaires pour
trouver en Caroline du Sud un «refuge» plus ouvert que cette Saintonge
encore marquée par les dragonnades et l'autre à devenir pasteur
d'une paroisse française de Londres, puis des îles anglo-normandes.
Leur biographie résonne de cette grande aventure comme elle se fait
l'écho des divers mouvements doctrinaux, des tendances religieuses et
politiques qui agitaient les protestants d'alors. À travers la vie quotidienne
des frères Gibert, à travers leur engagement pastoral, c'est
toute la communauté protestante du XVIII<sup>e</sup> siècle qu'on redécouvre.
Et à travers leur décision de trouver refuge en Amérique, on partage
une grande part du rêve qui l'habitait de liberté et de tolérance.