Proust en BD ? Que dirait Baudelaire ? : étude sémiotique, littérature et esthétique

Proust en B.D., c'est Proust qu'on assassine ! s'écria en 1998 un journaliste à la parution
de Combray , la bande dessinée de Stéphane Heuet élaborée à partir de
l'oeuvre de Marcel Proust À la recherche du temps perdu.
Curieusement, cette parole eut un effet suggestif et persuasif. Elle tint lieu de
couverture médiatique. L'album Combray plut et connut le succès. Le débat polémique
amorcé fit long feu : Combray fut reconnu comme adaptation fidèle,
c'est-à-dire traduction conforme.
Dès lors le problème de la couverture identitaire fut posé : la question du Je. Qui
parle ici, de quoi, comment et pourquoi ? Cette question de la situation d'interlocution
ou du sujet de l'énonciation, du «Je/Tu», pour reprendre la formule
du philosophe Paul Ricoeur, dans l'émission et la transmission du message poétique
de La Recherche , est le motif premier de la démarche de l'auteur.
Consubstantielle à La Recherche , la reconnaissance d'un signe se fait par la perception
en deux temps. On ne connaît bien que ce que l'on reconnaît.
Dans cet esprit, la rencontre entre deux arts, Proust et la bande dessinée, le mot
et le dessin, amène à s'interroger, sous l'angle de la pulsion créatrice et de la littérature
comparée, sur la corrélation entre la forme esthétique et le contenu significatif
de cet objet, comme quelque chose de dit sur quelque chose.